Bourse/Finance
Pourquoi le métal jaune flambe et ce que ça change pour votre épargne
Guerre en Iran, envolée du pétrole, dédollarisation : les facteurs de soutien au cours de l'or s'accumulent depuis le début de l'année 2026. Fin février, le métal jaune affichait une hausse de plus de 20 % en seulement deux mois, tutoyant ses records historiques. Décryptage d'une dynamique qui concerne directement les épargnants.
Un début d'année exceptionnel, porté par les tensions géopolitiques
Fin février, l'once d'or cotait 4 424 euros (5 222 dollars), soit une progression de près de 6 % sur le seul mois de février, après un mois de janvier déjà record à +14 %. Sur les deux premiers mois de l'année, la performance atteint donc 20,5 % en euros — un rythme rarement observé sur une période aussi courte.
L'annonce de l'opération militaire américano-israélienne en Iran le 28 février a provoqué une forte volatilité. Le 2 mars, l'or a bondi de 3 % en une seule séance, avant de corriger de 4,5 % le lendemain. Cette correction ne traduit pas un retournement de tendance : il s'agit avant tout de prises de bénéfices classiques après une hausse aussi rapide. Malgré ce repli, le cours reste à seulement 4 % de ses plus hauts historiques.
Dans le même temps, les marchés actions ont souffert. Le CAC 40 a perdu plus de 5 % en deux séances début mars et se retrouve à l'équilibre depuis le 1er janvier. Le contraste avec l'or est saisissant : sur la même période, le métal jaune surclasse largement les actions.
Le conflit en Iran a aussi fait bondir le pétrole de 20 %, le Brent atteignant 84 dollars le baril. La fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent les exportations du Koweït, du Qatar et des Émirats, perturbe l'approvisionnement mondial en énergie. La Chine, premier importateur de pétrole via ce passage stratégique, a réagi en interdisant ses propres exportations de produits raffinés.
Le lien entre or et pétrole n'est pas mécanique — leur corrélation au quotidien reste faible. Mais lors des grands chocs énergétiques, les deux actifs progressent souvent ensemble. C'était le cas lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979, et de nouveau entre 2000 et 2008 quand le baril passait de 25 à 130 dollars : sur cette période, l'or avait triplé.
L'or bientôt première monnaie de réserve mondiale ?
Au-delà de la conjoncture, une tendance de fond soutient le cours de l'or : la recomposition des réserves des banques centrales. Selon les données du FMI, celles-ci détiennent environ 36 500 tonnes d'or, soit une valorisation d'environ 6 300 milliards de dollars aux cours actuels. Face à elles, les réserves de change mondiales s'élèvent à environ 13 000 milliards de dollars, dont 57 % sont libellés en dollars, soit environ 7 400 milliards.
L'or est donc aujourd'hui la deuxième réserve monétaire mondiale, juste derrière le billet vert. Et les dynamiques jouent en sa faveur. Les banques centrales, en particulier celles des pays émergents, achètent entre 800 et 1 000 tonnes d'or par an. Parallèlement, la part du dollar dans les réserves mondiales recule : elle est passée de 61 % il y a cinq ans à 57 % aujourd'hui. Le conflit iranien pourrait d'ailleurs accélérer cette dédollarisation, les pays non alignés cherchant à réduire leur dépendance au système financier américain.
Côté offre, les signaux sont également favorables au maintien de prix élevés. Newmont, premier producteur mondial d'or, a annoncé une baisse de production de 7 % pour 2026, à 5,3 millions d'onces contre 5,7 millions en 2025. Les coûts d'extraction continuent de grimper : il faut désormais dépenser en moyenne 1 680 dollars pour produire une once, contre 1 600 dollars l'an dernier. Et ces chiffres ne tiennent pas encore compte de la hausse des coûts énergétiques liée au conflit, l'énergie représentant environ 15 % des coûts d'exploitation minière.
Pour les épargnants, ces éléments dessinent un tableau cohérent : demande institutionnelle soutenue, offre sous pression, contexte géopolitique instable. L'or conserve son rôle historique de valeur refuge dans les périodes d'incertitude. Cela ne signifie pas qu'il faille se précipiter — le cours peut corriger après une hausse aussi forte — mais plutôt que le métal jaune mérite sa place dans une réflexion patrimoniale de long terme, comme outil de diversification face aux aléas des marchés financiers et aux risques inflationnistes.

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